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Que faire pour aider un proche touché par le séisme?

Le texte suivant constitue un extrait tiré du livre de Pascale Brillon, Ph.D., psychologue, intitulé Se Relever d’un Traumatisme : Réapprendre à vivre et à faire confiance. Editions Québécor, 3eédition, 2010.

Que faire pour aider une victime que j'aime ???


Faire partie de l'entourage d'une victime de traumatisme n'est pas chose facile... Vous pouvez vous sentir révolté par ce qu'elle a vécu. Vous pouvez vous sentir démuni devant sa détresse. Que pouvez-vous faire pour aider votre proche? Que devez-vous éviter afin de ne pas lui nuire?

Vos réactions face à l'événement traumatique

Personne ne reste indifférent à un proche qui subit un traumatisme. Cela ébranle et bouleverse... Peut-être êtes-vous révolté: «Comment cela est-il possible?» Il se peut aussi que vous ayez peur: «Si cela lui est arrivé, cela peut aussi m'arriver à moi.» Peut-être vous sentez-vous coupable ou responsable de ce qui s'est passé: «Si j'avais été là, cela ne se serait pas produit», «Je lui avais dit de tenir son bout, je ne savais pas que cela s'envenimerait à ce point-là!», «On devait se rencontrer à cet endroit, si j'avais su, j'aurais choisi un autre lieu».

Probablement vous sentez-vous aussi très démuni, impuissant à l'aider, à la «sortir de là». Vous ne savez pas quoi lui dire et vous vous sentez maladroit... Il est aussi possible que vous soyez en colère contre elle. En colère face à ce qui lui est arrivé ou face à ce qu'elle fait maintenant. «Pourquoi avait-elle besoin d'aller là?», «Ça fait longtemps que je lui dis que c'est dangereux, cet emploi-là!», «Je me doutais de ce qui allait se passer mais, évidemment, elle ne m'écoute jamais!», «Cela bouleverse toute notre vie et c'est encore moi qui dois m'occuper de tout!», «On dirait qu'elle ne fait rien pour s'aider».

Dans tous les cas, l'événement traumatique provoque une remise en question: «Pourquoi cela s'est-il produit? Comment cela se fait-il?» Il ne fait pas qu'affecter la victime, il a des répercussions sur tout son entourage, telle une pierre lancée dans l'eau dont les ondes perturbent aussi les alentours...

«Qu'est-ce que je dois éviter de faire?»

Ne vous attendez pas à ce que votre vie soit comme avant

«J'aimerais tellement que notre vie soit comme avant!» Je vous comprends. Il est vraiment difficile de vivre un tel changement. Cependant, pour le moment, vous devrez accepter que la personne que vous aimez souffre de symptômes graves et que cela a aussi un impact sur votre vie. La bonne nouvelle, c'est que, dans la plupart des cas, ces inconvénients sont temporaires et que le changement peut être, à la longue, très positif.

Attention de ne pas blâmer la victime!

Comme nous l'avons vu précédemment, nous avons naturellement tendance à blâmer les victimes. Maintenant que vous connaissez cette tendance, tentez de la retenir et d'être vigilant face à vos propos. Le fait de savoir que les reproches ne sont pas des motivateurs de changement peut aussi vous aider en ce sens: la plupart du temps, face à des critiques, plutôt que de se mobiliser, la personne va se sentir encore plus seule, plus coupable, plus honteuse et cela risque d'aggraver ses symptômes post-traumatiques et dépressifs.

Ne tentez pas de «sauver» la victime

Il est très difficile de voir quelqu'un que l'on aime souffrir près de soi. Vous pouvez faire beaucoup pour l'aider (nous en reparlerons plus loin), mais vous devez être conscient que certaines choses ne peuvent être faites que par elle.

Ne dites pas à la victime ce qu'elle devrait faire

La victime sait déjà tellement ce qu'elle devrait faire: «Je devrais conduire», «Je devrais m'obliger à retourner travailler», «Je devrais éviter de vérifier les serrures de la maison sans arrêt», «Je devrais me sentir moins triste», «Je devrais avoir moins peur», «Je devrais mieux dormir», etc. La victime sait ce qu'elle doit faire, mais la répétition sans arrêt de tels messages et la technique du «coup de pied au cul» sont souvent complètement inefficaces. Dans ce cas-ci, «vouloir» n'est pas synonyme de «pouvoir»...

Ne lui dites pas d'oublier ce qui s'est passé

Comment oublier le pire événement de sa vie? La victime ne retrouvera pas sa confiance et son fonctionnement en «oubliant» ce qui s'est passé, mais en exprimant ce que cet événement lui a fait vivre, en le digérant émotionnellement, en travaillant ses peurs et ses symptômes d'évitement. Il est préférable de ne pas changer de sujet ou de tenter de la distraire de ses émotions si elle vous en parle. Elle a probablement besoin de partager ce qu'elle vit avec vous et cela lui fait du bien.

Ne lui dites pas qu'elle ne devrait pas se sentir comme ça

«Tu ne devrais pas avoir peur», «Tu devrais te sentir heureuse du fait qu'au moins, je m'occupe de tes choses», «Tu ne devrais pas être triste, cela ne t'aide pas», «Tu ne devrais pas être amer, cela ne sert à rien». Nous avons souvent tendance à dire à la victime de ne pas se sentir ainsi et d'aspirer à un autre état émotionnel. Si c'était si simple... Mais une émotion ne se commande pas ainsi. Pour le moment, elle se sent ainsi et lui dire de changer d'état émotionnel ne changera rien. Elle a surtout besoin que vous la compreniez et que vous respectiez ses émotions, même si celles-ci vous semblent irrationnelles.

Évitez les solutions toutes faites et supposément miraculeuses

Certaines solutions peuvent être efficaces pour diminuer la tristesse ou l'anxiété concernant les tracas du quotidien. Se changer les idées, lire un bon livre, aller au cinéma, prendre du temps pour se relaxer sont des stratégies aidantes habituellement. Les symptômes post-traumatiques sont différents. Ils sont beaucoup plus graves. La victime ne peut les diminuer simplement «en se changeant les idées» ou par la «pensée positive». Généralement, il ne sert à rien de demander à la victime de se distraire ou de «mettre le trauma derrière elle pour regarder vers l'avant».

«Que puis-je faire pour l'aider?»

N'oubliez pas que vous êtes dans la même équipe

D'abord, sachez que vous n'êtes pas des adversaires! Tout comme vous, la victime n'a pas choisi de vivre cet événement et de souffrir de tels symptômes. Vous serait-il possible de vous sentir plutôt solidaires de l'épreuve qui vous est imposée? de sentir que le vrai défi est de traverser cette tempête ensemble? Que pouvez-vous faire ensemble pour que vous alliez mieux tous les deux?

Manifestez votre amour à la victime

Pourquoi ne pas lui dire que vous l'aimez? qu'elle est importante pour vous? Pourquoi ne pas faire des gestes qui lui montrent que vous pensez à elle? Laissez-lui des mots de réconfort, de soutien. Dites-lui que vous êtes heureux qu'elle soit saine et sauve. Assurez-la de votre appui, c'est extrêmement important pour elle. Même si elle ne vous le montre pas, soyez sûr qu'elle apprécie énormément vos gestes attentionnés.

Manifestez votre détresse face à ce qu'elle a vécu

Vous trouvez que l'événement est injuste? méchant? illégitime? violent? Vous vous sentez révolté de ce qui s'est produit? Vous avez peur pour elle ou pour vous qu'il se reproduise? Il a bouleversé des conceptions importantes sur la vie, sur les gens? Vous vous sentez coupable ou responsable de ce qui s'est produit? Pourquoi ne pas dire à la victime ce que vous ressentez? Pourquoi ne pas lui partager ce qu'il vous a fait vivre? Vous n'avez pas à vivre ces émotions seul et il est possible que le fait de les partager avec elle vous rapproche. Par contre, l'objectif n'est pas ici de demander à la victime de vous prendre en charge. Il s'agit plutôt d'un témoignage concernant ce que l'événement a provoqué chez vous sur le plan émotif.

Permettez-lui d'exprimer ses émotions

De la même façon, permettez-lui d'exprimer ce qu'elle ressent. Est-elle triste? Se sent-elle aussi impuissante face à ses symptômes? Est-elle révoltée? amère? Continue-t-elle à avoir peur? Accordez-vous du temps pour échanger ensemble sur vos mondes émotionnels.

Tolérez ses manifestations émotionnelles

Toute victime de trauma vit des émotions très fortes: détresse, rage, colère, dépression, révolte, amertume, notamment. Il est important de pouvoir juste être là pendant qu'elle les exprime. Vous n'avez pas à les diminuer ni à les changer. Ne vous donnez pas la responsabilité de modifier ses états, sinon vous vous retrouverez dans un rôle de thérapeute difficile à soutenir. Tentez de ne pas considérer ses émotions de façon personnelle: elles ne sont pas tournées vers vous et ne vous visent pas. Si vous le pouvez, essayez de l'accompagner pendant qu'elle les exprime et de tolérer la charge émotionnelle qui va avec cette expression.

Permettez-vous aussi de parler d'autre chose

Les victimes peuvent être particulièrement obsédées par tout ce qui touche l'événement: leurs symptômes, leurs démarches juridiques, leurs finances, leur révolte, etc. L'événement est le centre de leur univers et il peut facilement devenir celui de toute la maisonnée. C'est particulièrement épuisant et usant pour l'entourage. Permettez-vous de discuter d'autre chose avec elle. En fait, l'objectif consiste à permettre à la victime de réaliser que le monde continue à tourner et que le trauma peut, pendant quelques instants, prendre un peu moins de place. Il ne s'agit pas ici d'éviter de parler de l'événement, mais de se permettre de parler aussi de sujets qui vous tenaient tous les deux à cœur avant.

Notez ses progrès et félicitez-la

L'état des victimes de traumatisme s'améliore avec le temps, dans la majorité des cas. Mais il peut s'agir de petits pas à la fois. Il est important que vous puissiez reconnaître ces petits gains. Soyez sensibles tous les deux à ces petits progrès qui annoncent déjà une amélioration significative pour elle et un retour à une vie plus satisfaisante pour vous deux.

Tentez de faire en sorte que votre quotidien soit vivable

N'attendez pas que tout soit comme avant tout de suite. Reconnaissez que, pour un bout de temps, ce ne sera pas le cas, et demandez-vous comment vous pouvez vous organiser en conséquence. Qu'allez-vous faire? Comment vous organiser pour que vous puissiez le mieux possible traverser cette tempête? Comment pouvez-vous garder votre santé mentale? votre énergie? votre joie de vivre? Faites attention de ne pas tout prendre en main, car vous développerez à la longue de la rancœur et de l'amertume envers la victime et vous la blâmerez en retour.

Enfin, n'oubliez pas de prendre soin de vous

Accompagner une victime de traumatisme est une entreprise à long terme. Cela ne veut pas dire que ce sera permanent, mais ce n'est certes pas un sprint, c'est un marathon: une entreprise qui prend un niveau moyen d'énergie mais sur une longue période. Conséquemment, ménagez-vous. Réservez-vous du temps. Faites des activités de loisirs et du sport. Ressourcez-vous. Entourez-vous. Il ne s'agit pas ici de «délaisser» la victime, mais de réaliser que si vous voulez être là pour elle à long terme, vous devez ménager votre monture...

 

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Conseils pratiques à la suite de la tragédie en Haïti

À la suite de la tragédie en Haïti, plusieurs membres de l'Ordre des psychologues du Québec (OPQ) ont été interpellés pour apporter leur soutien à la fois aux sinistrés, aux bénévoles ainsi qu'aux organismes qui servent la communauté haïtienne du grand Montréal.

Dans sa série d'initiatives suivant ce désastre, l'Ordre des psychologues du Québec met à la disposition de la population et des intervenants quatre documents présentant des conseils pratiques pour faire face aux répercussions psychologiques de cette tragédie.

Consulter les documents de l'OPQ